Un témoignage écrit par mon amie Emily. Elle nous partage son histoire personnelle avec la douleur physique et la douleur mentale, et comment le yoga l’a aidé dans la reconstruction de la relation avec sa cheville.

Original en Anglais >>> | Traduction en Français >>>

La Douleur

Personne ne traverse la vie sans ressentir la douleur. Traiter avec la douleur est une des tâches principales du Yoga. Une pratique saine nous aide généralement à soulager la douleur physique, et nous donne également des outils avec lesquels rencontrer la douleur dans nos esprits.

Quand j’avais la vingtaine, je me suis gravement cassé la cheville (je vous épargnerai les détails humiliants des causes de l’accident). J’ai ensuite passé les deux ans qui ont suivi et sept opérations chirurgicales à reconstruire ma cheville, devenant plutôt agile avec les béquilles. Après cela, j’ai passé 25 ans à protéger cette articulation, au point que la jambe droite est devenue atrophiée. Tandis que je m’habituais à la douleur, mes instincts protecteurs se sont également développés. Je ne descendais plus jamais les escaliers normalement, toujours avancer la jambe gauche en premier, et ensuite rapprocher la jambe droite. Je n’atterrissais jamais sur ma jambe droite si j’étais dans la nature.

Arrive le yoga, il y a environ 20 ans, sur les conseils de Kristin, ma fille, et j’ai développé une tout autre attitude vis-à-vis de ce que j’avais l’habitude d’appeler mon mauvais pied. Je me souviens de mon premier professeur, Martine Richards à Bruxelles, qui disait “Tout le monde a des petits bobos” *. Tout le monde a quelque chose qui le perturbe, en grandes ou petites proportions. Pour mon cas ce n’était pas très dramatique, mais cela régentait ma vie avec les douleurs récurrentes. Et le ressenti que j’avais de l’articulation, une charnière rouillée, couinante, réclamant de l’huile, me rendait misérable, quelques fois.

Tout d’abord, le yoga m’a permis de réaliser que la jambe avait besoin d’être tonifiée plutôt que protégée. Le pied avait perdu ses muscles et le mollet était affaibli. Par dessus tout, mon esprit a dû être réinitialisé vers un nouveau genre de confiance envers ce membre. Les postures d’équilibre sur un pied étaient de la torture pour la jambe qui avait passé les dernières décennies dans l’équivalent corporel d’une cage. Elle n’avait pas été sortie dans le monde réel pendant si longtemps et devait se réajuster, comme un lapin de compagnie, qui doit soudain se débrouiller tout seul dans la nature sauvage.

Il a fallu plusieurs années de travail dur et assidu, sur et en dehors du tapis, pour créer un système plus équilibré entre mes deux jambes. Le processus continue. Je ne peux pas lâcher, et je dois persévérer dans ma pratique, mais je ne souffre plus de douleurs dans la cheville et c’est seulement quand mon ego se met en travers du chemin que je me plains silencieusement de mes limitations, comme celles occasionnées par la rigidité de la cheville droite.

Je partage cette histoire personnelle, parce que je pense souvent combien je suis reconnaissante pour le nouveau contrat de mobilité et le profond sens de connaissance de soi que le yoga et le travail du souffle m’ont donné. Le yoga n’est pas un instantané soluble, mais le long et ardu travail est immensément satisfaisant, et peut-être, peut-être que cela fait de vous une meilleure personne, tout du moins une personne moins grincheuse, équipée de quelques outils pour gérer la douleur.

Si j’ai commencé le yoga pour soulager la douleur physique, j’ai continué parce que ça marchait, et maintenant je découvre que ça me rend également plus résiliente dans d’autres  situations contrariantes de la vie.

Chaleureuses salutations d’une Bruxelles automnale et ensoleillée,

Emily.

*: en français dans le texte original.

Emily est écrivain et journaliste depuis plusieurs décennies. Elle pratique le Hatha Yoga depuis 20 ans et est professeure certifiée. Elle vit à Bruxelles avec son époux Pål.

Pain

No person goes through life without any sensation of pain. Dealing with pain is one of Yoga’s foremost duties. A sound practice often helps us alleviate the physical pain, but also gives us tools with which we meet the pain in our minds.

When I was in my twenties, I broke my ankle badly (I’ll spare you the embarrassing details of how the accident happened) and subsequently spent two years and seven operations reconstructing the ankle and became quite an acrobat with my crutches. After that I spent 25 years protecting this joint, to the point that the right leg became atrophied. As I was getting used to the pain, it enhanced my protective instincts. I never walked down a staircase step by step, always left leg, then bringing the right to join. I never landed on my right leg if I were in nature.

Enter yoga, some 20 years ago, on the advice of Kristin, my daughter, and I developed a whole new attitude to what I used to call my bad leg. I remember my first teacher, Martine Richards in Brussels, who said “Tout le monde a des petits bobos”. Everybody has something troubling them, of bigger or smaller proportions. Mine was indeed not very dramatic, but it did rule my life with the recurring pain, and the feeling of the joint like a rusty hinge which needed oil, made me miserable, sometimes.

Firstly, yoga made me realise that the leg needed strengthening, rather than protection. The foot had lost its muscles and the calf was weakened. Above all, my mind had to be reset to a new kind of trust towards this limb. One-legged balance poses were torture for the leg which had spent the last decades in the corporal equivalent of a cage. It hadn’t been let out in the real world for so many years and had to readjust, like a pampered pet rabbit left to fend for itself in the wilderness.

It took several years of hard and regular work on and off the mat, to create a more equal system between my two legs. It’s an ongoing process. I can’t let go, and have to keep up my practice, but I no longer suffer from pain in the ankle and it’s only when my ego gets in the way that I quietly complain about my limitations, as the rigidity of the right ankle creates.

I share this personal story, because I often think of how grateful I am for the new lease of mobility and the profound sense of self knowledge that yoga and breathwork gave me. Yoga is not a quick fix, but the long and arduous job is hugely satisfactory, and maybe, maybe it makes you a better person, at least a less grumpy one who has a few tools to deal with the pain.

If I started yoga to alleviate physical pain, I continued, because it worked, and now find that it makes me more resilient in other contrarian situations of life as well.

Warm wishes from an autumnal and sunny Brussels,

Emily

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