Baignoire naturelle dans la rivière

La ligne d’arrivée

Après force luttes, nous avons réussi à nous extraire des festivités de l’après-midi en promettant d’être de retour pour la flashmob de 18 h.

Il est quasiment 16 h. Notre équipée de cinq se dirige vers les vasques naturelles dont nous a parlé Fab. Selon lui, il y en aurait pour vingt minutes de marche pour trouver ce site sauvage et se baigner dans de véritables vasques sculptées par la nature.

Le challenge, c’est que nous y allons seuls, sans guide autochtone. Et selon Fab, nos chances de réussite sont ultra-faibles.

Nous nous armons de courage et nous y allons.

En ouvreur, Seb, qui dispose d’une vague localisation GPS. Chris, Chantal, May et moi complétons l’équipage.

Nous voilà partis d’un bon pas, devisant tranquillement de choses et d’autres. Le premier virage vient spontanément, et la dame que nous saluons un peu plus loin nous confirme depuis sa terrasse que nous sommes sur le bon chemin.

Nous voilà pleinement confiants.

Nous traversons prairie, ruisseau, broussailles, barrière, puis nous voilà dans un lit de pierres.

Quelques-uns essaient d’avancer sur les pierres émergées, tandis que nous explorons une progression dans les broussailles de la berge. Encore quelques mètres et la seule voie apparente passe par le centre du ruisseau : il faut escalader, enjamber, zigzaguer entre les rochers.

C’est alors que j’apprends que Chantal, qui a cheminé jusque-là avec ses jolies sandales blanches à lanières, tient à protéger son genou sensible depuis quelques années. Elle décide de s’arrêter là. Elle s’assoit sur un rocher et va nous attendre.

Chris évoque une chirurgie récente de la jambe et annonce qu’elle va, elle aussi, s’arrêter là.

Les trois autres continuent.

Cinq minutes. Dix mètres.

Et on voit les premières.

Des vasques. Des vases à taille humaine, en stuc, somptueux, dans lesquels l’eau descend en cascade.

Et plus on descend, plus les vasques sont vastes.

Dans certaines, on peut se plonger à deux.

Seb rencontre des révolutionnaires, avec qui il partage quelques réflexions écologiques.

May et moi continuons.

Une vasque.

Puis une autre.

Encore plus grande.

Jusqu’à la dernière, gigantesque, turquoise.

Après elle, le flux reprend en rivière, un peu plus glacée.

Nous nageons dans la rivière, nous nous baignons dans les vasques.

Ce rite de la baignade a quelque chose de sauvage et profondément humain à la fois, quelque chose de transcendant.

Nous sommes tout simplement dans une autre dimension.

Notre bonheur est indicible.

Et déjà, l’heure de rentrer.

On récupère Seb et on découvre… juste de l’autre côté, un chemin absolument confortable, à flanc de coteau.

Lorsque Chantal et Chris nous rejoignent, elles ont l’air tout aussi ravies que nous de leur longue parlote sur le rocher.

Alors, pour vous, c’est quoi, une ligne d’arrivée ? Un point figé par avance ?

Ou alors ce quelque chose en nous, qui nous meut jusque in fine ce sentiment: « Voilà ».

P.-S. : Seb a promis à ses nouveaux amis de tenir le lieu secret. Je ne peux donc pas vous donner la localisation de ces vasques gardoises.

Juste est enseignant de Hatha Yoga, certifié RYT 500 par Yoga Alliance. Dans une ambiance conviviale, son enseignement privilégie l'expérience directe et l'appropriation. En dehors des tapis, il adore écrire des réflexions sur le Yoga dans la vie courante, les fameux Textos .
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