L’air est frais en ce début de matinée. Je suis manifestement seul sur le chemin. J’entends le patient clapotis de l’eau du torrent. À la lumière du jour, je découvre ce plateau, comme un écrin niché dans le flanc d’une colline du Gard.
Nous sommes arrivés tard hier soir. Rincés du voyage, tout le monde a dormi d’une traite. Ce matin, je me suis éclipsé pour une balade dans le bois environnant.
Je longe le torrent qui serpente à travers le plateau. J’ai déjà réussi à y tremper les bras, quelques mètres plus tôt. Tandis que j’avance, une trouée me permet de me rapprocher du cours d’eau. La progression est facile, sur le plat.
Et puis, je la vois.
Au milieu du torrent.
Cette pierre, ou plutôt ce rocher qui ne roule pas et qui a amassé de la mousse, patiemment.
Comme une invitation, le dessus du rocher a la forme d’une cuvette, légèrement inclinée vers l’avant, rembourrée de mousse.
Quelles étaient mes chances de croiser ce… siège ?
Je prends place, au milieu de l’eau. L’air est doux. Les yeux se ferment.
Le pranayama, ici, a un goût de montagne, quelque chose d’immaculé.
Et vient le temps de rien.
Simplement être là.
Combien de minutes a duré cette parenthèse enchantée ? Je l’ignore. Je la savoure.
Et quand vient le moment de me lever, je suis rempli de gratitude.
Ce moment-là aurait suffi.
Un mois après, son souvenir m’émeut encore.
Merci pour la pierre, merci pour la mousse, merci pour l’eau, merci pour l’air.
Et merci pour cet instinct qui sait aller à la rencontre de tout cela.
Merci.
