En ces périodes de fortes chaleurs, nous expérimentons des sensations inhabituelles. Le cerveau tourne au ralenti. Le corps se traîne en rasant les murs. Et chez les dosha pitta, ça grouille sous la peau et l’humeur peut, elle aussi, monter très vite en température.
Alors, on allège les vêtements, on ferme les volets, on recherche l’ombre avec une précision de lézard. Et pour certains — dont moi — cela ne suffit pas.
Si pour vous -comme pour moi- ça ne suffit pas, avant que le désespoir commence à pointer son nez, permettez-moi de rappeler que le yoga nous offre quelques options.
Les yogis, grands générateurs de chaleur, en connaissent un rayon sur la thermo-régulation. Pour équilibrer la chaleur, ils nous ont transmis Shitali (également écrit Sitali, Sheetali ou Shîtalî).
Shitali signifie quelque chose comme « rafraîchissant », « frais » ou « apaisant ».
Et je sais, par expérience personnelle, que cette respiration peut avoir des effets très concrets. Je viens de passer en trois mois d’un urticaire sévère en plein hiver à une peau douce et calme, en cet été caniculaire. Shitali n’y est pas étranger.
J’ai été touché de rencontrer cette respiration dans un contexte thérapeutique. Mon ami Claude a bénéficié au printemps dernier d’une angioplastie — un rafistolage de la plomberie cardiaque, en quelque sorte. Il a passé ensuite quelque semaines dans une clinique à Grenoble pour sa rééducation. Pendant ce séjour, les encadrants lui ont enseigné… Shitali, pour l’intégrer à son protocole quotidien . Cela m’a ému.
Au delà du tapis et des postures photogéniques, notre yoga est une ressource opérationnelle. Quelque chose que l’on peut emporter avec soi et utiliser lorsque le corps ou l’esprit en ont besoin.
Alors, comment s’y prendre ?
La pratique
- Installez-vous, de préférence en position assis.e
- Formez une « paille » avec la langue si c’est possible
(ou placez-la derrière les incisives si ce n’est pas possible). - Inspirez calmement par la bouche, en laissant l’air rafraîchir la langue.
- Refermez la bouche et expirez lentement par le nez.
- Pratiquez 10 respirations, une à plusieurs fois par jour, toujours confortablement.
Shitali ne remplace évidemment ni l’eau, ni l’ombre, ni les autres précautions nécessaires pendant une canicule. Mais elle peut changer notre manière de vivre la chaleur. Et ce n’est déjà pas rien.
Refroidir quoi, exactement ?
Le yoga nous invite à observer ce qui se passe au dedans.
Shitali agit comme une pratique de refroidissement intérieur. Ce refroidissement ne se laisse peut-être pas entièrement saisir par un thermomètre. Mais il peut se pratiquer, s’éprouver et se reconnaître.
Si vous aimez les vidéos, le HuffPost a consacré un reportage à Shitali. Il y est question de témoignages, de recherches scientifiques et du regard d’un médecin. Ca dure 2 minutes.
Une pratique, pas une pilule
Notez bien ceci : Shitali est une pratique.
Son intérêt se révèle surtout lorsqu’on la répète avec régularité. Comme le brossage des dents, quelques minutes chaque jour valent mieux qu’une séance héroïque au moment où l’on est déjà en train de fondre.
Une série quotidienne, donc. Et des respirations supplémentaires lorsque le besoin ou l’envie se présentent.
Avant de nous quitter, parlons alimentation. Il se peut que votre appétit se soit réduit en cette période. Excellente nouvelle. Permettez-moi une suggestion: essayer de réduire le blé, le sel (apéro, suivez mon regard 👀); privilégier avoine, riz et poivre noir. En tout cas, faites confiance à votre appétit, qui suit votre instinct, et pas forcément à vos habitudes, qui se sont construites en d’autres circonstances.
Voilà comment j’arrive à traverser la canicule, une respiration après l’autre, en essayant, au delà du mode survie, d’entrer dans une forme de résilience constructive.
